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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 18:02
NICOLAS DE LARGILLIERE "Portrait de Nicolas Coustou"

NICOLAS DE LARGILLIERE "Portrait de Nicolas Coustou"

Bonjour à tous,

 

Voici un petit poème composé pour l'application "I Guide U" visant à illustrer au creux de l'oreille cette oeuvre exposée au musée Gadagne, "Le portrait de Nicolas Costou". 

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J'étais ce regard blanc, cette barbe de flamme,

Un geste minéral où la lueur de l'âme

Tranchait l'obscurité d'un front livide et fier;

Mouvement exhumé par ses plumes de fer,

J'étais un dieu, soudain tiré des oubliettes,

Un visage arraché à la roche muette.

Il posait là, le bras sur mon crâne figé,

L'artiste nous singeait... surtout ne pas bouger !

Son pourpoint de soie rose irisait sa stature.

Lavallière, poignets -vaporeuses parures

Blanches- soulignaient la descente vagabonde

D'une perruque grise attribut du grand monde.

Un fleuve d'honneur bleu descendait sur sa taille.

De Lyon à Paris, des jardins de Versailles

En descente de croix au cœur de Notre-dame,

En pierre, bronze ou bois les rivières s'exclament,

Les fleuves et les dieux jaillissent des matières

Les muscles arrondis, les lèvres en prière;

Et Nicolas la main sur mon marbre-écritoire

Posait, statufié au sommet de sa gloire.

 

                                                                                                       Lyon, 11.05.16

Published by Le citadin filiforme
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11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 21:26

 

 

 

Ecrit sous les piquants rayons du mois d'août 2015, ce poème reprend l'histoire du livre jeunesse de Julia Woignier (La forêt invisible), voici donc une transcription "alexandrine" des superbes aquarelles de Julia. Je vous invite à découvrir le livre -disponible dans les meilleures librairies- ainsi que le site de cette talentueuse artiste: http://usitoire.blogspot.fr/

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La forêt invisible (D'après l'oeuvre de Julia Woignier)

 

I.

 

Le tricot des buissons, les lianes légères,

Les zébrures des troncs, la langue des fougères

Découpaient sur les rangs des chasseurs intrépides

Des lambeaux de néant, des parcelles de vide.

De leurs plastrons de cuir quelques fragments tannés

Semblaient se mêler aux tessons illuminés

Des casques, des harnais : limailles de comète

Que l'on entrevoyait -dans leur marche inquiète-

A travers le tamis des végétaux absents.

Leurs lames en débris d'aciers incandescents

Cillaient, saupoudrées en fugues aériennes.

Ils avaient cheminé plusieurs jours dans la plaine

Et sur leur horizon revêtu de magie

Cette étrange forêt avait soudain surgit.

Tout était là : les bras triomphants des arbustes,

Les halliers couvrant les écorces robustes

Des empereurs caducs ; palmes, tamariniers,

Les tigelles en fleurs libres de communier

Avec les chants secrets de l'humus nourrissant.

Mais de ce grand réseau de feuillus frémissants

On ne distinguait rien. Ces ramées inconnues

Ne découpaient le ciel qu'en moutonnements nus

Et blancs. Sous leurs regards les ombrages splendides

N'offraient que les remous d'un nuage de vide.

 

 

II.

 

La troupe avait percé la blanche canopée

Et, progressivement, la marche des épées,

Des brigandines sous la nature océan

Fut engloutie par les étoles du néant.

Seuls les arcs argentés coiffant les pertuisanes

Ondulaient de rayons au-dessus des lianes.

Les chasseurs progressaient, pas aveugles, prudents,

La voix était un guide -un soutien évident

Lorsque la peur inonde un ventre de grisailles.

Lorsque soudain, devant !... Un souffle de broussailles.

Un craquement de bois ! Ils pointèrent les lances

Les poumons aux aguets auscultant le silence.

Dans le hurlement sec d'un tronc que l'on déchire

Un immense museau, deux billes de saphir

Déchirèrent le vide, une crinière à droite,

A gauche le bec noir d'un immense primate

A tête de moineau ; canines terrifiantes,

Hybrides colorés aux masques d'épouvante.

Animaux des enfers ! Des monstres, à l'assaut !

A l'assaut ! Devant eux arbres et arbrisseaux

Craquaient et se couchaient, les rideaux du néant

Éparpillaient dans l'air la rage des géants :

Une corne, une queue, un mouvement de sabre,

Les fers d'un bassinet, rugissements macabres,

Effluves d'un sous-bois étranglé de colère,

Piétinements, éclats de voix ; en un éclair

La course d'un fuseau de griffes et d'écailles.

Averses de piquiers. le pouls de la bataille,

Perclus de floraison de flèches, de terreur,

Grondait dans les enfers d'une aveugle fureur.

Enfin, soudainement, ivre de turbulences,

La livide forêt retrouva le silence.

 

 

III.

 

C'est la poigne œuvrant sur de solides cordages

Que les chasseurs -joyeux- quittèrent les branchages

Absents. Les végétaux libéraient leurs épaules,

Glissaient – frêles serpents- sur la luisante tôle

Des cuirasses, livraient leurs semelles fourbues

Aux multiples couleurs de la plaine, leur but

Était atteint : figé par l'atroce grimace

De la mort, ligotée, une terrible masse,

Un monstre musculeux au pelage brun-sombre,

Quatre harpons griffus acérés par les ombres,

Un colosse infernal aux prunelles d'ébène

Fut traîné au forceps sur les reins de la plaine.

Un feu fut allumé. Un camp fut établi.

La horde des chasseurs, les membres affaiblis,

Le corps affamé par la lutte furieuse

Et le cœur entonnant l'ode victorieuse

Dévora jusqu'au os sa proie encore chaude.

On ne vit bientôt plus sur le pré d'émeraude

Que les tristes coraux d'un squelette blafard.

Dans les replis du ciel, au-dessus des soudards

Repus roulait l'écho d'un orage imminent.

Le sol fut secoué de vents tourbillonnants

Et le plafond de suie aux pesants tentacules

Céda son flux de vie avant le crépuscule.

La pluie ! Aux abris ! Les chasseurs se réfugièrent

Sous la carcasse blanche -effroyable tanière

Au palpitant éteint, cache aux arches funèbres

Alourdies par le sang-. Quand vinrent les ténèbres

Les faces des chasseurs lentement chavirèrent :

Des lignes, des couleurs, les feux d'une crinière,

Une moustache, un bec, les reflets d'un plumage,

Une corne, un museau, l'ocre chaud d'un pelage...

Dans l’aveugle océan des écharpes de nuit,

Allumant des colliers d'étincelles, sans bruit,

Des masques monstrueux avalèrent leurs traits.

Autour d'eux grandissait une étrange forêt.

 

Lyon, Août 2015

 

Published by Ghregg
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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 19:03
Surveillance

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C'est voté ! Il aura un mouchard dans sa soupe.
Ses gestes, ses avis passeront sous la loupe
 
Sécuritaire, son sanctuaire n'aura
Que de fines parois de verre. Dans ses draps
Rouleront des micros, des furets: existence
Dénudée; ses achats, ses crédits, ses quittances
Seront siphonnés par les phalanges gantées
Du pouvoir. Œilleton, fantoche déjanté,
Hébété par l'effroi, déplie tes miradors !
Vas-y ! Scrute le flanc du peuple qui s'endort,
Effeuille les profils, les trajets, les débits,
Profite de l'aubaine, empoigne l'alibi
Liberticide ! Flambe ! Ensable tes valeurs,
Visse sur tes remparts l'empreinte de la peur.

 

Published by Ghregg
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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 11:19

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Effroi (07/01/2015)

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Les escadrons étaient prêts, rangs multicolores,

Ballerine, escarpin, l’alourdissant folklore

Des soldes sonnait son retour ; bottines, bottes,

Derbies, talons avaient investi la calotte

Blanche des rayons, prix amputés de rougeurs,

Lettrages criards sur le plastron tapageur

Des vitrines ; refrain classique de janvier :

L’immuable jour des rues recroquevillées

Sous les pas butineurs de nuées de chalands.

La boutique dressait son pistil indolent

Et déjà –sous mes yeux- germait l’invariable

Chorégraphie, l’afflux lent des indémaillables

Désirs. Leurs soubresauts assiégeaient l’atmosphère,

Flânerie inquiète à l’affut des affaires,

Entrées vives, cabas, déambulations

Nerveuses, gestes vifs et suffocations

Intérieures sur le gouffre des dilemmes.

Le jour tissait ses airs de déjà vu, la même

Balise. Chaque hiver, comme un cycle mystique

J’obtempérais devant les rites élastiques.

Mais là – ce matin- les bombances de démarques

S’étaient lovées au fond d’une funeste barque,

Les lourds écrasements d’une tragique escorte

Avaient glissé par les bâillements de la porte.

Paris ! Un attentat ! Une rumeur de poudre

Tombait sur mes lacets en raclements de foudre.

Prenez ! Essayez ! Tout est classé par pointures !

La ville s’épanchait au pied des devantures.

Trotter, basket, des reins de génuflexions !

S’il vous plait, quel est le taux de réduction ?

Aller, retour, fauteuil et caisse enregistreuse,

Bain d’hésitation, perplexité fiévreuse,

Peau souple, confortable… Un chausse-pied ? Voici !

C’est bien trop haut pour moi ! Mon pied est indécis !

Laçage, sacs, tickets ! Emporté par l’écume

Des prix, je n’avais pu capter que fines brumes,

Que fragments épars : un quotidien, une attaque.

Du dehors je n’avais que des brides opaques.

Et puis, soudainement, l’accalmie est venue.

L’épais pullulement, le rouleau continu

Des achats desserra son collet éreintant.

Je pus –discrètement- d’un index palpitant

Saisir mon téléphone et laisser se briser

Mes yeux sur le sillon des champs pixélisés.

Comme l’huile avalant la trame d’une étoffe

L’écran s’était gonflé du vent des catastrophes

Le sang en un éclair délaissa mon visage.

Quatre noms ! Un larynx muet ! Alunissage

Incrédule, ravin noueux dans l’estomac !

Quatre noms suivit par l’effroyable frimas

Du réel : « sont morts » ! Non, pas de demi-pointures !

Chaussettes, bas, collants ! Avez-vous la ceinture

Assortie ? Un abîme ensablait ma surface.

Douleurs, hallux ! Il faut que le nubuck se fasse.

Les lames de l’effroi investirent mes veines.

Ce démon ! L’être humain ! Tant de paroles vaines !

Mon décor oublia toute géométrie,

Les murs, mes escadrons se cambrèrent meurtris

Au-dessus des essaims tournoyants, impassibles,

Ignorant bien souvent l’ombre lourde et terrible

Qui venait de frapper. Derbies, bottes, bottines !

Le jour avait flétri au fond de ma rétine.

La foule d’excès aux prunelles excitées

Bourdonnait désormais d’une futilité

Tragique. Une couleur pour l’accord d’un manteau,

Une bride, un revers : insignifiants cristaux

De la frivolité -falbala dérisoire-

Qui crachaient leurs échos de buées illusoires,

Leurs festons aujourd’hui si pesant et si froid

Dans un cœur figé sur un océan d’effroi.

                                                          

                                                        Lyon, janvier 2015

 

Published by Ghregg
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