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Lecture prochaine... Lundi 19 Juin avec le "Syndicat des poètes qui vont mourir un jour"

Publié le par Grégory Parreira

 

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Corrosion

Publié le par Grégory Parreira

 

I.

 

L’oxygène est entré et l’oxygène a fui,

Carcasse affalée aux lisières de sa nuit,

Ce continent palpite, adopte son silence,

Lentement… fils coupés qui achèvent la danse.
Un univers complet et presque trente mille

Soleils sous l’épiderme, un ouragan de bile,

De torrents, de marais et d’étangs apaisés ;

Les oscillations d’un corps électrisé

Dont les duvets d’aurore avaient semblé si purs.
Un nuage de lait sans la moindre blessure,

Précis -comme un reflet d’éternité et puis…

L’oxygène est entré et l’oxygène a fui.

Son va et vient mêlé à l’afflux d’un tambour,

Genèse d’une histoire et d’un compte à rebours.
Des atomes en longs discours, pétris d’éclairs,

La porte ouverte aux vents des cosmos cellulaires.

Du courant ! Ce courant qui irrigue la vie,

Qui sculpte les émois, enfante les envies,

Ce courant qui se mêle à la glaise des chairs

Pour modeler l’unique. En spasmes éphémères

Une moue s’inquiète, un pied roule et s’agite

Un regard va et vient, dans l’ombre il ingurgite

Les faisceaux imprécis d’un nouvel hémisphère.
Un petit bras se tend vers l’horizon offert

Et ce cocon, luisant de sa blancheur mystique

Se plisse sous les traits d’une averse électrique.

Des sourires, des peaux qui se crispent, s’altèrent.

La plaine verdoyante où gonflent les cratères :

Les codes, le langage, une trame d’histoires

Propageant ses forêts sur un libre écritoire.
Le ballet est lancé, l’orage inamovible !

Crochets des stimuli sur la corde sensible

Exilant le corps nu de sa frêle nature ;

Et dans l’antre rougi par les architectures

L’oxygène est entré et l’oxygène a fui.

 

                                        Lyon, Avril 2017

 

 

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Couchant à Romagnieu

Publié le par Grégory Parreira

Couchant à Romagnieu

 

 

Couchant à Romagnieu

 

Son adieu estompé dans les songes du lac

Froissait les tulles chauds d’un flambeau étranglé

Que les sombres bosquets en nervures opaques

Dupliquaient sur ces eaux de frissons morcelés.

 

Le salut du brasier comme à son habitude

Jouait au gré des troncs, aux buvards des lisières,

En prismes tenus ses langues de quiétude

Livraient au rein des nuits les sens et la matière.

 

Nous marchions lentement la narine au couchant,

Les roseaux d’onguents frais noués à l’aplomb gras

D’un humus en cavale. Une fuite de champs

-Tel un marmot joueur- s’effaçait sous les draps

 

Du repos. A hauteur d’homme nous dérivions

Ainsi qu’une torpeur de limbes digérés,

Le pas extirpé des mêmes pulsations :

Dessins simultanés sur nos papiers dorés.

 

L’adieu se disloqua sur la crête des terres

Avec ce filament rosé d’universel

Pour fondre sur le gouffre effacé des mystères.

Ce jour ne su jamais qu’on le nomma Noël.

 

                                                          Les Avenières, 26.12.16

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Au balcon du réel

Publié le par Grégory Parreira

 

 

J'avoue que... j'ai pris goût à cette fantaisie. Et je ne saurais définir avec précision quels furent les jours ou les mois de bascule. Depuis toujours mes soirées se calquaient sur la rigueur des programmes télé, le délassement soudé à la mâchoire de mon canapé, les pupilles en gambade sur le frétillement des mosaïques de chaînes :
le ruban infini des séries, les blockbusters explosifs, les talk-shows bondissants sur lesquels le cervelet barbotait passif et déconnecté ; et la pub, constante, invasive qui hachurait le salon d'un stroboscope bleuté d'épilepsie. Ma paresse vespérale, par tout son monde et ses atomes flambait de rôles, d'images, de caractères préfabriqués, de canevas cousus en zigzag par les amours, les haines et les trahisons, tout sentait le carton-pâte. J'agitais mes entrailles d'un immense mensonge à cristaux liquides.

Mais voilà, depuis quelques semaines -je ne saurais dire pourquoi- j'ai délaissé l'écran plat. Les câbles, les décodeurs, les menus déroulants si emballés et chatoyants soient-ils semblaient soudain grimés d'un museau de fadeur. A la faveur des nuits prématurées de l'hiver un nouveau rite était né, à croire que le cœur parlait, ma carcasse n'a fait que suivre le mouvement. J'habite au dernier étage d'un immeuble du centre-ville et mon balcon plonge avec vertige son bec de verre et de béton dans une petit arrière-cour où s'exposent à grandes coulées de lumières le kaléidoscope mouvant des fenêtres du voisinage.

 

Désormais, le soir, tapi dans les ténèbres de mon décor je m'installe là, à la balustrade du réel, quelques bouchées à grignoter, une pinte de bière fraîche pour déguster l'imprévu, pour composer la matière des tressages qui agite mon petit pâté de maison. Au cinquième étage ils sont trois, une colocation qui vient de s'installer, une jeune peintre fait fleurir des toiles abstraites près de la fenêtre de droite et à gauche la chambre d'un des garçons laisse percer la ferveur verdoyante de son engagement politique. Le troisième -dont la chambre doit certainement donner sur la façade opposée- semble être un adepte d'une quelconque méthode de relaxation zen car celui-ci médite de façon assez longue et systématique sur le canapé ne déroulant son bras que pour se confectionner une nouvelle cigarette qu'il évapore avec délectation.
Leur pendaison de crémaillère fut un cœur battant dans le soir, leur loggia s'écumait de rires, de voix fortes, de pincements de cordes enrubannées de tabac. Je détaillais le visage, les caractères, j'inventais les répliques...
Au quatrième aussi. Un couple, deux adolescentes avec le cortège des humeurs qui accompagnent ces âges là, poupées boudeuses, rieuses, claquements de portes et chorégraphies précises devant les émissions de clips ; le ventre rond de madame depuis quelques semaines et cette chambre, un dimanche, changée en bonbonnière parme et pistache par trois poignes aux rouleaux énergiques.
Au second, c'est un vieil homme, les joues creusées d'histoire, ses quelques murs apparent tapissés d'épais volumes reliés sonnent d'ici leurs siècles de savoir.

Chaque soir l'homme reste là, courbé sur sa lampe de bureau et il écrit jusqu'aux premiers étirements de l'aube. Parfois il quitte sa chaise à pas lents pour revenir avec un thé ou un verre de liqueur. Je le devine poète ou romancier couchant la sagesse, les tourments de son expérience dans la bulle trans-temporelle du papier.

A l'étage du dessous, dans un salon -dont je n’aperçois qu'un fragment à cause de l'angle de vue trop plongeant- s'installe parfois une violoncelliste qui m'offre, dans le silence de son double-vitrage, la gracieuse chorégraphie d'un dos, d'une chevelure ambrée, d'un vibrato au poignet valsant avec le corps cuivré de son instrument.

J'imagine la musique, je chante mes accords. Du premier au cinquième étage j'ai découvert les étreintes muettes, les envies, les amours, des colères. Je me suis rendu aux dîners quand les parents, les cousins débarquaient. Dans l'ombre de mon strapontin j'ai brodé, j'ai délié les paroles et les destins. En quelques semaines cette poignée de rectangles lumineux étaient devenus ma couvée de réalité. L'arrière-cour se remplissait d'un printemps de vérité, du « nous » versé à plein poumons sur le cuir des façades. La pierre brute et originelle sertie de ce naturel qui peut fendre toute les armures.
Parfois je rencontre l'un ou l'autre sur le marché du boulevard. Le sentiment de croiser une vedette, ma vedette. Un oiseau du quotidien.

 

​                                                                                           Lyon, Septembre16 

 

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Dans le front d'Amsterdam

Publié le par Grégory Parreira

 

 

Nous avons basculé dans le chaudron d'un crâne

Flânant , tressant nos pas de vaisseaux en membranes,

Libres d'inhaler les alvéoles oisives

Des draches bégayant leurs vagues offensives.
Le cortex bourdonnait sa crise coutumière,

Ses dilatations -quand les bonnes manières

Chantent leurs libertés-, fentes de carillons

Aux paupières, boyaux, circonvolutions

De ruelles à peaux rouges. Canaux lascifs

Avant de se griser dans le gras subversif

Des travées thalamus, des forêts d'interdits

Plein la bouche cousues sur l'influx d'incendie

Des vitrines; trophées tangents sur les trottoirs.

Un cervelet cambré à tous les auditoires:

Les meules de gouda jouxtaient la botanique,

Les chocolats plongeaient dans le pornographique

Et tous bavardaient là, en ébullition,

Synapses enivrées de stimulations,

Découpées par le vol des vélos hirondelles

En nuées de blondeur, tiges à tire-d'aile

Filant le train sanguin de la ville frontale;

La vive tension d'un brûlant encéphale.

 

                                                                                    Amsterdam 4.9.16

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