Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Journal de confinement / Jour 5: 21.03.20

Publié le par Grégory Parreira

Dans les temps reculés du mois dernier, période bénie durant laquelle nous courrions encore les avenues et la chaleur humaine j’eus le plaisir de participer à un petit exercice d’atelier d’écriture initié par un ami poète. La consigne de notre petit jeu consistait à sélectionner une phrase épuisante et tricoter à partir de ce fil rouge une petite fable ou récit humoristique ; une de ces petite phrase bateau que tout le monde a entendu qui tournent comme des marronniers en essorant le cortex d’une large partie de l’humanité. Roland, le poète en question opta pour la superbe sentence : il faut bien mourir de quelque chose, Virginie axa son récit sur cette terrifiante injonction : tu devrais t’estimer heureuse d’avoir un travail, réplique que j’entendis moi-même il y a à peine trois ans dans la bouche d’une secrétaire de direction zelée en plein syndrome de Stockolhm professionnel.

Pour ma part, inspiré par Roland Barthes, je tentai d’interroger en quelques paragraphes cette habitude très généralisée d’ouvrir un débat sur le temps qu’il fait à la moindre gène conversationnelle ou au moindre silence de passage durant une interaction sociale non-souhaitée. La météo est une activité fortement socialisante disait Roland Barthes. Force est de constater que celle-ci se vêt d’un caractère universel et qu’elle possède l’avantage -lorsqu’on souhaiter éviter le débat incisif ou risqué avec son interlocuteur- d’être exempt de toute notion idéologique.

 

Jamais je n’aurais cru être totalement indifférent face aux prédictions d’un bulletin météo. Voyez comme l’existence est joueuse, comme elle sait rebattre les cartes de nos certitudes et tordre notre pensée comme un fer chaud sur l’enclume des aléas.

Nous avions opté (en œuvrant en cuisine à la préparation du dîner) pour un petit tour de rotation d’information sur France info. Le constat fut évident : l’actualité patinait embourbée dans l’incapacité de faire de l’info par manque de matière. Dans un effort stoïque ils planquaient la misère : rediffusions, émission traquant les fausses nouvelles sur le net, rediffusion de cette émission, rappel des mesures de confinement… épuisant. Aucun intérêt. Les journalistes pleins d’une nouvelle détresse existentielle allaient même jusqu’à monter des florilèges de fantaisies absurdes filmées par quelques âmes créatives inspirées par l’incarcération domestique.

Enfin, tout au bout du journal s’ouvrit la page météo. Ah la vilaine torture : avec un ton de documentaire la voix off nous indiqua qu’à l’instar des jours précédent le soleil brillera d’un feu doux et printanier sur l’ensemble de l’hexagone. Merveilleux. Merveilleux mais diablement inutile, la météo ne gravitait plus dans notre champ d’action. A moins d’une tempête tropicale le temps qu’il fait n’était plus admis dans nos préoccupations. Quelle importance que notre verrière cuise ou qu’elle soit fouettée par une averse rageuse ? La différence de la frustration peut-être. Il serait sans doute plus agréable d’être privé de sortie lorsque le ciel se déchaîne. Qu’il pleuve, qu’il pleuve !

Commenter cet article