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Journal de confinement / jour 8: 24.03.20

Publié le par Grégory Parreira

 

Le héros est politique. Le héros est comme tous les mots il est usé et abusé, tordu au bon vouloir des idéologies et des récits. Chargé d'ordinaire d'une substance symbolique ses utilisations abusives de la part de nombres de pouvoirs aux abois le dévitalise et c'est dommage. Si l'on exclut les rares situations où un passant porté par la providence plonge dans les eaux mouvantes d'une rivière pour y sauver une âme en péril, si l'on exclut ces situations de pure abnégation au cœur de l'incendie, d'une catastrophe, quand l'inconnu risque sa peau pour l'autre, lorsqu'on exclut ces situations le héros est bien souvent une construction politicienne visant à amadouer la marmelade molle de l'opinion publique.

 

Lorsqu'une fraction de la population qualifie un acte d'héroïque il s'agit bien souvent d'actions individuelles comme celles décrites précédemment. J'ai en mémoire l'escalade de balcon de Mamoudou Gassama qui sauva en mai 2018 un enfant de la chute sous l’œil des réseaux sociaux. Son acte qualifié d'héroïque fut d'emblée récupéré par les politiques en quête d'une image conciliante vis à vis des migrants. Lorsque le prince nomme ses héros il calcule toujours et le héros le plus fréquent est souvent issu des corporations qu'il ne fut pas froisser sous peine d'un renversement. C'est ainsi que le militaire ou le policier mort en opération est systématiquement héroïsé là où un ouvrier du bâtiment, au bas de son échafaudage ne sera qu'un accident parmi tant d'autres. Quel exemple plus frappant que le défilé du 14 juillet pour illustrer mon propos.

 

C'est l'acte qui devrait faire le héros mais lorsqu'on observe les pantins qui nous administrent, shootés au rendu médiatique et aux apparences trompeuses on constate l'étendue du gouffre. Dans les agences de com' qui habitent leurs crânes c'est le focus, l'accident visible, c'est la situation de crise et le bénéfice à en tirer qui façonne le héros et c'est l'opinion publique s'émeut le pain est béni : on fonce, on sort les grands mots, peu importe si quelques mois auparavant le héros fut écorché, mouliné, écrasé par nos soins. Peu importe si la crise qui l'oblige à faire enfler sa bravoure est entièrement de notre fait. Le monstre assume, il ose tout, c'est même à ça qu'on le reconnaît.

 

Voilà un an qu'il dénonçaient le manque de moyens dans les urgences, la baisse du nombre de lits, le soin qui petit à petit prenait le masque hideux de la rentabilité. Combien ont été chargés dans les manifestations ? Combien de grenades lacrymogènes tirées sur les blouses blanches et les autres ? (ah là les stocks ne manquent pas, il y a toujours de quoi pleurer). Depuis quand les agriculteurs, grenier de tout un pays, sont-ils pompés jusqu'à la moelle de leur quotidien, jusqu'au suicide ? Et voilà que ce soir des républicains de bal masqué, des fossoyeurs de services publics osent parler de personnels de santé héroïques. Les confinés, les sans emplois sont qualifiés d'armée de l'ombre et encouragés à rejoindre la masse héroïque des agriculteurs. Je fulmine devant l'écran.

 

Je crois qu'il y aura un acte éminemment héroïque à réaliser collectivement à la fin de cet épisode viral celui de ne pas marcher dans leurs cajoleries sans teneur, dans les remerciements en polystyrène qu'ils ne manqueront pas d'exprimer et enfin se débarrasser d'eux pour ce qu'il sont dans la politique : des parasites.
 

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