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Journal de confinement / jour 7: 23.03.20

Publié le par Grégory Parreira

 

La semaine qui vient de s'écouler a distillé au dessus de nos crânes un des récits sonores les plus fulgurant, une œuvre minimaliste -sorte d'acoustique du réel- jamais le dépouillement d'une composition n'a généré autant de sens à nos oreilles. Nous pourrions appeler ça symphonie du nouveau vide ou concerto pour respiration naturelle. Le premier mouvement fut habité par de régulières complaintes : les boutiques du centre ville hurlaient dans des relais d'alarmes désorientées ; intervalles réguliers d'agonie comme le chant du cygne d'une galaxie entière sevrée en pleine abondance. La mise en hibernation électrique dura quatre jours puis débuta le decrescendo.


J'avais toujours perçu mon repaire comme un endroit silencieux qui, bien qu'étant planté en plein cœur du plein centre de Lyon semblait incroyablement étanche au vocalises motorisées de la ville. En quelques jours une rumeur s'est tu. Le souffle des mécaniques, des pneumatiques sur goudron infiniment minces à traverser mes cloisons livrèrent une épaisseur assourdissante dans le déclin. Nous entendions presque les voix du voisinage, sur les balcons alentours ; beaucoup de chiens : puissants solistes au creux d'un presque silence.

 

Alors ils sont venus à petits pas, sans doute incrédules. Des roucoulements de tourterelles ou de pigeons, des vols de corbeaux, plumes battantes, chamailleries, passages sombres toujours plus près des verrières, des pas sur l'armature. Encore de la crainte, l'avancée est progressive. Face à l’improbable retrait des hommes, dans un air renaissant et réparé de ses poussières ils investissaient le vide. La ville est une anomalie du paysage, elle peut charrier des airs grandioses dans les poitrines, nous inspirer des arias de fierté, des orgueils civilisationnels elle est une beauté du temps court, de l'esthétique sous perfusion sans cesse pressé par un ordre réel des choses qui ne manquerait pas de l'investir totalement en cas de désistement définitif de l'espèce invasive qui la fortifie. Qui est le cygne noir dans ce ballet, l'ange ténébreux, le diable de circonstance ?

 

Ce soir sur l'interminable ruban du réseau social j'ai croisé une vidéo filmée dans les rues de Madrid. Comme dans un mouvement planétaire, mus par l'instinct mystique qui inonde le vivant quelques paons des jardins urbains de la capitale espagnole investissaient timidement les rues et les passages piétons libérés. En balayant la suie des trottoirs de leur plumage d'étincelles il semblaient se dévêtir d'une livrée décorative et clamer leur présence au monde.

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