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Mon trésor

Publié le par Ghregg

île déserte
Bonjour amis du net!

Ca y est nous avons basculé dans nouvelle année au nom futuriste. Comme il est de coutume c'est le coeur plein d'optimisme et de vin pétillant que nous abordons ce nouveau cycle. La page blanche tient donc à vous souhaiter une excellente année 2010.

Voici, pour prendre un bon départ, le bref récit d'une petite expédition que j'ai mené -il y a quelques semaines- dans un univers hostile et dégoulinant d'un froid cynisme.

A bientôt.

 

C’était une vraie carte postale, un paysage paradisiaque comme nous en offre parfois nos atlas universels ou les fascicules des agences de voyage. Un cadre si parfait qu’il en paraissait irréel.

J’étais assis là, contemplatif.

Sur la droite s’étendait une longue plage de sable blanc, la courbure du littoral était sinueuse, gracieuse, seule une petite langue de terre, devant moi, s’immisçait un peu plus dans la lagune bleue turquoise. L’eau était si claire qu’il me semblait avoir du mal à la distinguer de l’étendue sablonneuse, j’avais l’impression -devant ce miroir d’azur- d’être ainsi posté à la frontière des deux éléments.


Derrière la plage, semblant révéler la présence d’une terre, s’élevait une forêt de palmiers, une végétation verdoyante et fournie qui contrastait admirablement avec la clarté et la plate rigueur aquatique de la plage. Dame nature, par un souci esthétique digne des plus prestigieuse agences de marketing, avait laissé deux ou trois de ces arbres pousser plus que de raison et pendre négligemment leurs palmes au dessus du tableau.

Le fond du décor était envahi d’un ciel franc et outrageusement bleu, presque cyan.


C’était une fresque merveilleuse.  Sans doute la représentation la plus commune de ce que pourrait être le jardin d’Eden, un décor romantico-iddyllique où la grande majorité de mes voisins de vie -contribuables lambda emportés par les torrents impétueux de leurs vies cotées au second marché- rêveraient de crever le ventre d’une noix de coco en profitant avec délectation de l’exotisme lascif et du fantasme de liberté « Robinsoniènne » accompagnant ce type de paysage.

-« Ca devait être ça ! » me disais-je, face à la carte postale.

 

Déjà cinq minutes que j’étais sur cette plage, serrant entre mes doigts la petite enveloppe et la lettre qui l’accompagnait. Il y avait six personnes devant moi et sitôt arrivé je m’étais laissé tomber sur un de ces petits sièges rouges, à l’écart. Illico j’avais laissé mon esprit s’évader sur le panorama de l’atoll.

C’était une rude épreuve, j’avais horreur de venir ici…

 

Il faut dire que l’atmosphère y était particulière : un plafond haut, du contre-plaqué froid –blanc ou beige- imitant tant bien que mal la texture naturelle du bois, une banquise de carrelage qui habillait la terre et ces dizaines de petits fauteuils rouges qui se tenaient par la main donnant l’impression de clones enflammés au milieu de ces volumes livides.

-« C’est sûrement ici qu’ils nous saignent » pensais-je tandis que mon regard revenait  vers l’île déserte.


Une chose était certaine : il manquait quelque chose sur cet archipel ! Pas de vent, pas de vagues, pas même un clapotis. Les feuillages,  fougères,  les longues feuilles des palmiers étaient bien trop statiques. Il n’y avait pas ce goût d’iode qui vous colle à la peau, ces bruissement des mammifères se frayant un chemin sous le tapis de verdure, aucun bois ne craquait, aucune envolée de perruches fuyant un quelconque danger. Rien ! C’était pathétique !


Je jetais un œil à mon ticket, numéro 21 : encore 3 personnes devant moi. Quel lieu oppressant.

Les cernes, les teints ravagés, englué d’aliénation bureaucratique,  le plexiglas de l’accueil, cette pendule sans âme pleurant chaque seconde isolée sur son grand mur, les rangées de cases numérotées et cet homme, dans son aquarium en double-vitrage qui semblait s’affairer au milieu d’une paperasse invisible. Même l'arbre de noël, à la sortie du hall, semblait ne plus pouvoir imposer sa logique festive. Il avait -semble t’il-  comprit son horrible destin, les guirlandes étaient maladives, sans reflets. Comment diable pouvait-on avoir l’idée de venir travailler ici ?


En face de moi une jeune fille tenait à la main une lettre, une lettre semblable à la mienne.

Je soupirais. « Numéro 20 ! », elle se leva et se dirigea vers le guichet que venait  de lui indiquer la grande télévision devant nous. L’écran plasma clignota un instant et l’île déserte revint à l’image me cracher son cynisme administratif au visage.

 


Photo: www.flickr.com/photos/xaviermaire

 




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