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Fleur de mai

Publié le par Ghregg

 

Hosto 


Photo: Memekode

-----> www.flickr.com/photos/memekode/2396827209/


 

-         Un p’tit café K ?

Gary était dramatiquement prévisible, depuis qu’il avait fait l’acquisition de cette machine à expresso –pour son bureau personnel- il proposait systématiquement un café à tous ses visiteurs. Je pensais au nombre de capsules auxquelles il devrait souscrire pour assouvir ses caprices de « caféino-consommation » : quel gosse ! Et puis cette façon de m’appeler « K », comme si j’étais l’envoyé secret d’une agence gouvernementale.            

-         Pourquoi pas, sans sucre s’il te plait !

Ronflement de la machine. Il me tendit un mug fumant.

-         Ca fait 48h maintenant  qu’elle est arrivée chez nous, elle n’a pas prononcé un mot, elle est comme figée.

-         Oui j’ai lu ton mail je…

-         Ce sont les services sociaux qui nous ont alertés, la vieille vivait sur Gardiner street, elle ne sortait plus de chez elle depuis bien longtemps, visiblement elle semblait être entretenue par un tiers qui lui faisait parvenir –via un service de livraison- les produits de première nécessité : une sorte de mécène, un ange gardien anonyme. 

Ronflements du percolateur, le chaleureux fumet du café envahissait le petit local.

-         Et à ton avis ? 

Gary desserra sa fine cravate noire.

-         Je ne crois pas qu’elle soit atteinte d’une quelconque  pathologie, elle est juste choquée, abrutie par la vie. Tu connais les services de la ville : dès qu’il déniche quelqu’un d’un peu atone ils nous le lèguent avec un p’tit nœud autour de la tête. Et hop, chez les fous ! Ca débarrasse ! 

Les deux mains en l’air il mimait un ruban : la légèreté avec laquelle Gary abordait son métier me surprenait toujours. Quelquefois,  je me demandais si il ne devrait pas s’auto interner. J’enroulai mes doigts autour du mug laissant mes paumes pensives à la chaleur de la faïence.

-         Je vais voir ce qu’il en est. 

-         J’ai confiance en toi K, t’es un bon ! La force est avec toi, hein ? 

Je levai la tête et esquissai un bref sourire. Gary jeta un œil à la pendule murale.

-         Liam a du accompagner notre lady à la salle de réunion, je t’accompagne ! 

 

L’austère salle de réunion : ce fut long, très long…

Pendant quarante minutes gonflées d’obésités j’eu l’impression de déclamer une tirade étirée, un monologue inutile face aux remparts impassibles de son visage : pas un mot, pas un mouvement, un corps statufié digne des Ramblas de Barcelone ou du musée Tussauds. Elle était mince, les joues creuses, le teint blafard de ces malchanceux qui découvrent brutalement qu’ils n’ont pas le pied marin. Elle portait une simple robe, une teinte entre le rouge et le violet -je n’ai jamais bien su définir les couleurs-, un imprimé à fleurs blanches, un tantinet rétro. Ses cheveux poivre et sel, mi longs, étaient pris en otage par un large serre-tête en velours noir, aucun bijou.

 

J’avais tout essayé : son appartement, ses voisins, son quotidien, l’évocation de son passé, de sa famille potentielle, l’art, la musique, le bonheur de revoir les beaux jours caresser l’épiderme de notre capitale Irlandaise. Je fixai ses pupilles tentant d’y déceler la moindre oscillation et, devant son imperturbable  immobilité, je frôlai le découragement.  Soupir.  Je songeai à mon doux foyer, à Susan, à ma petite puce, à son gâteau d’anniversaire que je devais aller chercher au Dunnes Store de Henry Street et ce premier anniversaire que nous devions fêter ce soir, déjà ! Les enfants grandissent tellement vite !

Machinalement, je tirai une photographie de mon bloc-notes. Sans trop savoir pourquoi –sans doute un sentiment mêlé de résignation professionnelle et de fierté parentale- je présentai le cliché à mon hôte de circonstance.

-         C’est ma fille, Emy, elle a un an aujourd’hui… C’est ma petite fleur de mai. 

Frisson sur la robe rouge : je n’avais pas rêvé, j’avais touché une corde sensible.

Mes yeux eurent à peine le temps de revenir à l’image d’Emy que la voix effilocha le silence carcéral de la pièce.

-          Fleur de mai ? Ma fille aussi était une fleur de mai !

-         Votre fille ? Rétorquai-je tentant vainement de cacher ma surprise face à la soudaineté du déblocage.

La lady suivait la photographie du regard, pensive, semblant chercher dans les archives de ses souvenirs.

-          Nous l’avons sauvée des eaux, au large de la grande bleue. C’était il y a bien longtemps, elle n’était encore qu’un bébé, une enfant pure et abandonnée. Elle m’a tout de suite sourit, elle m’a tendu ses mignonnes menottes : c’était une émotion indescriptible : j’étais son élue, je sentais gonfler dans ma poitrine la fleur de la renaissance. 

La vieille dame semblait vibrer au fil des mots, peu à peu ses joues retrouvaient le rosé de la sève sanguine.

-         Je dois bien avouer l’égoïsme de mes premiers sentiments » Déclara-t-elle pinçant nerveusement sa robe au niveau du genou.

Dans ce temps-là nous vivions dans une extrême pauvreté, les tensions étaient vives dans le pays et les épidémies causaient d’immenses ravages dans nos foyers affamés. Cette enfant était une aubaine : au cœur de mes désespoirs existentiels elle s’est peu à peu imposée comme une icône, le symbole d’un possible printemps pour mon misérable destin. 

          Et puis elle a grandi !  » Lança-t-elle en braquant soudain vers moi ses pupilles écarquillées, levant lentement ses bras au-dessus de sa tête pour illustrer l’éclosion.

-          Qu’est-elle devenue… votre fleur de mai ? » Demandai-je en prenant soin d’utiliser la formule magique et en ajoutant au passage une cuillérée supplémentaire de miel au ton de ma voix.

 

D’un geste vif, la vieille femme joignit ses mains sur sa poitrine et m’ouvrit un large sourire niais : deux rangées de dents inégales dégoulinant de cette béatitude quasi religieuse qui caractérise parfois les mamans surprotectrices.

-         Un ange, m’sieur, une libératrice, mon portail doré vers une vie plus facile, plus douce. Dès son plus jeune âge, elle a fait mûrir d’extraordinaires qualités humaines et intellectuelles, la môme pétillait d’une curiosité malicieuse, sans limite, elle se révélait  avide de découvertes, désireuse de conquêtes ; je buvais dans ses paroles d’enfant l’eau claire de la liberté, l’inflexible volonté de construire pour moi, pour ce bec amoureux qui l’avait arrachée aux crevasses de l’océan, un nid douillet de plumes, de feuilles et d’abondance.

 

En parlant, elle fixait le néon comme en invocation vers un soleil tubulaire.

La narration se faisait tremblotante, frémissante d’émotions. Mon interlocutrice me déconcertait je dois bien l’avouer. Même si je percevais dans ses propos une immense sincérité, l’ensemble me paraissait très fantasmagorique: n’était ce que les divagations d’une pauvre vieille en proie à sa schizophrénie ou simplement une mère portant sa fille unique sur un piédestal de superlatifs ?

 

Je crois qu’elle perçu mon questionnement car son regard sembla soudain déborder d’inquiétude.

-         Vous ne me croyez pas ? 

-         Mais si, je vous crois ! Votre récit est juste… surprenant et il suscite en moi de multiples interrogations. Qu’en était-il -par exemple- des parents biologiques de cet enfant ?

Le ton de la réponse fut soudain plus sec, plus vindicatif.

-         Ils ne s’en occupaient pas, elle était abandonnée, la petite n’aurait jamais pu faire fructifier son immense potentiel si je l’avais laissée se faire bercer par la nature. Entre nous, ses tuteurs étaient un peu rustiques, un brin barbares… et puis c’était mon bonheur qui importait.

La petite nous parlait de gigantisme, de vastes prairies, d’arbres géants             côtoyant les cieux, de domaines agricoles aux colonnes blanches dans lesquels les vergers se chargeaient de soleils, dans lesquels coulait la corne d’abondance, un littoral de paix où nous érigerions un monde nouveau : un retour au jardin d’Eden ! Cette gamine était devenue notre prophétie. »

-  Notre ? Pourquoi « notre » ? N’était-ce pas votre rêve, votre petite rescapée de Neptune ? 

- Oui ! dit-elle, semblant à ces paroles accablée par une immense tristesse.

Mais l’excellence attire les charognards et quelques personnages vils et indélicats ont tenté de m’arracher ma fleur de mai. L’humain a ses démons vous savez. 

 

Elle se tut un instant. J’entendis un brancard passer dans le couloir, la voix puissante de Gary, au loin qui devait encore faire l’imbécile ou raconter une blague idiote à un collègue.

- C’est glauque ici souffla-t-elle. « Moi qui abhorre les hôpitaux  et les prisons je suis servie : ici c’est deux en un !

- Oui, c’est vrai ! L’endroit est peu engageant : l’asepsie médicale couplée à la rigueur administrative : un autre monde ! 

J’observai la banquise des étagères métalliques garnies des épais classeurs d’archives du département, les piles de chaises obéissantes, prêtes à s’aligner à tout moment pour « briefer » l’équipe de Gary, un rétroprojecteur dans un coin -en pleine sinistrose-, un grand calendrier à droite de la porte d’entrée et cette fausse plante tropicale qui tentait vainement d’apporter la vie et le chaos naturel sur les perspectives rigides de notre décor.

-         Qu’est devenue votre fille finalement ? »

La lady se redressa sur sa chaise.

-         Elle a trouvé son indépendance, comme le font souvent les adolescents, ce besoin de se délier un peu des racines parentales, de trouver son autonomie. Je pense sincèrement qu’il était fondamental pour elle de prendre ses distances par rapport à moi. Elle avait tant de choses à réaliser, tant de beauté à révéler, tant de richesses étoilées à faire crépiter.

Je suis restée tout près d’elle, sous son aile : une simple relation mère-fille, l’affection des entrailles, enfin vous savez ce que c’est.

-         Oui je vois.  Mes pensées glissèrent vers Emy.

-         Elle a fait des miracles m’sieur. Au-delà de tout ce que j’avais pu imaginer. Les gens l’adoraient : ses accents de liberté, ses odes à la grandeur, cette faculté qu’elle avait de partager le bonheur comme des pains prophétiques. Petit à petit elle est devenue une vraie prêtresse.

Régulièrement je recevais les témoignages de quelqu’un de ses dévots, des êtres simples, des familles, parfois tirées de la misère ou fuyant les tensions politiques de leur terre natale. Tour à tour, ils assemblaient des squelettes de métal, hérissaient les fagots de nouvelles tours de Babel, ils déroulaient des rubans, des tapis d’asphalte ou des filins ferroviaires pour croître toujours plus haut, toujours plus loin et toujours plus fort. Ils étaient mineurs, esclaves affranchis, passagers de troisième classe et, en prenant ma fille par les épaules, ils pouvaient enfin goûter le miel de la vie à la sueur de leur fronts.

J’écoutais les témoignages. Je les racontais aux autres. Par amour pour ma petite je les enjolivais ajoutant çà et là quelques détails héroïques, mystiques ou glorieux à leurs épopées ascensionnelles. J’étais devenue une véritable division marketing pour ma tendre progéniture allant même -souvent- jusqu’à inventer de toute pièce quelques longues sagas, petites fables ou scénarios extraordinaires mettant en scène ma merveilleuse protégée. Je distillais aussi mes récits à ces pauvres malchanceux qui n’avaient pas encore eu l’occasion de frôler son épiderme, qui n’avaient pas encore croisé son regard d’azur.

 

J’étais scotché ! La lady statufiée il y a encore une heure virait désormais prolixe et narrait son histoire avec un tel enthousiasme que la passion me semblait contagieuse.

-         Quelle belle preuve d’amour !

Ma réplique ne fut pas très professionnelle je dois bien le reconnaître mais je ne voulais en aucun cas braquer mon interlocutrice. Son aliénation maternelle épicée d’une bonne louchée d’exagération me laissait sans voix.

La vieille femme me gratifia d’un nouveau sourire béat :

-         Je lui devais bien ça ! dit-elle.

Elle fourmillait de tant d’innovations, elle générait de telles révolutions sociétales. Ses adorateurs ont laissé germer au fond de leurs âmes un véritable culte de la personnalité, ma fille devenait le symbole d’un clan, le duvet fédérateur d’une communauté, un nouveau chemin pour leurs existences chahutées. Elle a construit, fabriqué, érigé, façonné, elle a peint les montagnes, saupoudré les déserts, ligoté les océans. Elle a produit, cloné, dupliqué à l’extrême pour nourrir ses dévots toujours plus croyants et exigeants.

Ses étagères, ses placards, ses réfrigérateurs, ses caves et ses greniers ont été remplis jusqu’à vomir leurs logos criards et leurs « packaging » agressifs aux quatre coins du monde.

 

Elle se tut un instant laissant le champ libre à la complainte tournoyante d’une sirène d’ambulance.

-         Elle taylorisait les besoins m’sieur, sitôt une envie assouvie une autre la remplaçait. C’était un messie m’sieur, juste un messie !

Elle avait lancé cette phrase en levant les paumes au ciel comme pour ajouter sa ponctuation métaphysique à la conclusion du récit.

La vie irriguait de nouveau ses pommettes et sa foi crépitante ouvrait vers moi de larges billes écarquillées.

Coup d’œil à ma montre, je ne devais pas m’attarder. Je décidais donc de partir à l’abordage.

-         Et pourquoi vous a-t-elle abandonnée ?

Son visage, à la manière d’un frêle esquif avalé par une lame de fond bascula soudainement sous un masque outré.

-         Abandonnée ? Elle ne m’a pas abandonnée… elle est toujours avec moi, nous sommes inséparables je…

Je la coupais tentant de l’embarquer vers des sentiments plus chaotiques.

-         Mais pourtant vous viviez seule dans votre petit rez-de-chaussée du 23rd Gardiner Street et depuis longtemps.

Elle se remit à triturer sa robe. L’angoisse trottinait sur son front.

Elle baissa un instant le regard semblant fouiller avec soin dans les dédales tortueux de sa mémoire.

Un carillon sonna, quatre fois. Je perçu la circulation plus intense de la Richmont Road qui effleurait les orteils du complexe hospitalier, quelques subtils assauts d’éther sur mes vibrisses me rappelèrent mes années d’études à l’Ashworth hospital de Liverpool.

 

-         Ce sont eux qui vous ont dit ça ? Souffla t elle entre ses mâchoires serrées par un simulacre de colère.

Ils ne sont qu’une horrible meute suintante de jalousie, elle a toujours été là pour moi et j’ai toujours été présente à ses cotés. Ils ont croisé ma fille chaque jour sur le perron du 23, autour du Spire de O’connell Street, dans les pubs, dans les rayons d’Eason, d’Arnotts, autour des restaurants, des cinémas, des salons d’esthétique, sur pages des magazines, dans les accords de blues joués en lévitation par les jeunes groupes du Porter House. Ils ne perçoivent plus son immense envergure de Pygargue à tête blanche.

Nous sommes d’adorables voisines m’sieur et, malgré mon grand âge, je fais toujours mon possible pour promener leurs imaginaires, pour guider leurs soifs d’expressions, leurs perpétuelles pulsions hédonistes.

Elle est toujours avec moi, toujours !

 

Je laissai échapper un nouveau regard en direction de mon bracelet montre. Elle sembla percevoir mon empressement.

-         Je reviendrai vous voir bientôt Miss Bradford, Votre destin m’a passionné et il me tarde d’en savoir d’avantage.

Elle m’offrit à nouveau un sourire béat, la copie conforme des précédents. La vieille dame avait l’art du changement d’humeur instantané.

-         Vous m’êtes fort sympathique m’sieur !

-         Je vous en prie, appelez-moi Kent.

-         Vous êtes gentil m’sieur Kent mais je ne crois pas que nous aurons l’occasion de nous recroiser ici, cet édifice est froid et informel : je ne saurais rester ici plus longtemps. Ma petite fleur a besoin de moi autant que j’ai besoin d’elle et il est de mon devoir de mère d’aller la retrouver au plus vite.

Que répondre à ça ? Que dire de Miss Bradford ? Son personnage était une vraie boule à facettes émotionnelle, tantôt béate, tantôt colérique, un soupçon d’angoisse, de la fierté, une foi incompressible et cette foutue certitude de naviguer depuis toujours dans les eaux claires de la vérité universelle.

-         Faites au mieux  Miss, avais-je lâché désabusé pensant à ma petite Emy et à son marbré de génoise et de chocolat qui n’attendait que mes bras.

-         Merci m’sieur Kent ! »lança-t-elle en joignant ses mains devant sa poitrine. « A l’occasion il faudra que je vous présente ma fille, vous allez l’adorer »

-         « Avec plaisir miss » dis-je en me levant et en refermant le bouton central de ma veste en tweed. « Je vais appeler Liam vous reconduira à votre chambre. Merci pour votre récit, à bientôt »

-         « A bientôt M’sieur Kent »

 

Liam n’était pas loin : je repérai bien vite l’imposante carrure emballée dans son uniforme immaculé. Il raccompagna une lady silencieuse à ses appartements et moi, je ralliai d’un pas vif le bureau de Gary.

-         Bordel, t’en a mis du temps, elle t’a causé ? »

-         Bien sûr qu’elle m’a causé, ton invitée est même une sacrée bavarde quand elle s’y met.

-         Mince t’es vraiment un jedi K !

Un poing sur l’autre Gary mimait le sabre laser à la perfection. Pendant un instant je songeai à la difficulté folle qu’il devait avoir pour incarner l’autorité parentale. Sa femme aussi devait avoir bien du courage.

-         Je t’envoie un rapport par mail dans ces prochains jours. Sa pathologie me semble assez complexe et atypique : je repasserai la voir bientôt.

-         Ok, avec plaisir K, j’attends de tes nouvelles. On te garde la lady au chaud.

 

Je quittai le complexe St Vincent, une boucle par le Dunnnes store de Henry Street et je retrouvai mon « Home sweet home » familial, petit cottage fleuri aux abords de Landsdowne Road.

 

Ce fut une merveilleuse soirée d’anniversaire, Emy semblait percevoir l’atmosphère festive et nous distribuait en alternance ces quelques désarmants sourires de bambins qui –dans l’éventualité d’une rencontre inopportune- feraient certainement fondre le cœur endurci du plus féroce des mercenaires.

Le temps file. Déjà une année, un an que le destin avait cédé à mon rêve de paternité, à ces instants tant espérés, à ces minutes fantasmées au cours  desquelles l’envie dopait l’imaginaire. Les rêves –finalement- ne sont que nos aliénations personnelles, les délices de l’existence. Quoi de plus captivant que ces iris clairs vibrant à la lumière frétillante de l’unique bougie ? Quelle plus belle aventure que de donner et voir croître la vie ? Ce n’était qu’un début, le débarquement d’un navire sur une côte sauvage. L’instant était si exaltant que j’en avais oublié Miss Bradford.

 

 

-         Hey K, content que tu aies pu venir si vite.

-         Explique-moi tout.

-         Je ne l’explique pas. Elle s’est fait la malle c’est tout ! Tout était parfaitement bouclé, portes, fenêtres, aucune trace de casse : elle s’est évaporée.

Gary semblait avoir perdu son humour ravageur. Son imagination de superstitieux devait commencer à cavaler.

-         Vous avez tout fouillé ?

-         Tout, le moindre chiotte, les bureaux, même ces foutues ventilations. Ça fait trois heures qu’on ratisse le bâtiment. C’est un truc de fou !

-         Elle était calme hier soir ?

-         Un peu oui, elle a gribouillé toute la soirée sur son carnet à spirales.

Il pointa du menton un petit bloc-notes posé à l’angle de son bureau.

-         Je peux jeter un coup d’œil ?

-         Je t’en prie K, fais toi plaisir.

Putain de merde ! » Lança-t-il alors que je tournai la première page.

 

Cinquante étoiles, treize bandes horizontales, le même griffonnage nerveux répété à l’infini sur l’intégralité des 90 feuillets du calepin. Des rayures, des étoiles, des étoiles et des rayures : surement plusieurs centaines de bannières étoilées dansaient sous mes yeux.

Gary, entre déprime et colère s’était retourné vers les chromes rassurants de sa machine.

-         Tu prends un café K ?

 

 

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langlais 20/03/2011 19:19


je me suis laissé embarquer dans votre univers une fois de plus, qu'elle pudeur et qu'elle finesse dans vos description entre réalité et imaginaire.

En un mot j'ai beaucoup aimé ce texte.
Vous devriez faire un recueil de ces textes cela en vaut la peine.
Bien amicalement


Ghregg 20/04/2011 23:36



Merci Langlais... désolé pour la réponse tardive. Je suis ravi de recevoir vos avis et content constater que mes lignes plaisent. Ces textes se regrouperont certainement un jour. :)