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Place Saint Jean

Publié le par Grégory Parreira

Place Saint Jean
Place Saint Jean

Bonjour à Tous,

 

IGuideU est une application universelle et accessible qui permet aux personnes voyante, malvoyante et non-voyante de pratiquer une activité touristique. Depuis cet été j'ai l'honneur de prêter ma pierre poétique à l'édifice de cette application. Voici donc le poème composé en septembre pour faire partie du prototype de l'appli. N'hésitez pas à suivre l'évolution d'IGuideU sur sa page:

 

https://www.facebook.com/i-Guide-U-1583755471838743/

 

Bonne lecture.

 

 

Place Saint Jean

 

 

Finalement il n'est jamais venu. La place

Saint Jean a lentement déployé sa cuirasse

Solaire, le roulis de sa pierre éclatante

Sur mon crâne accablé par le poids de l'attente.

La touffeur de l'été retrouvait ses appuis,

Les pavés aspiraient l'orage de la nuit

Emportant dans la brise un brin d'humidité,

Un goût de tilleul vert tendrement éventé.

Le blanc et solennel front de la cathédrale

Étirait sa sculpture aux langueurs matinales :

Ogives des portails, arêtes animées

De chapelets de saints aux face élimées.

La rosace jouait les kaléidoscopes,

Si bien que le fronton converti en cyclope

Semblait considérer -son parvis en prière-

Le panache azuré des flèches de Fourvière.

Face à face imposant : la jeune basilique

Détaillait les pignons, les tuiles, les portiques

D'un vieux ventre lié d'histoire et de murmures ;

Depuis les hauteurs de son balcon de verdure

Elle aussi devait voir tourner les visiteurs.

Déclics des appareils, grappes d'explorateurs

Marchant à reculons, le menton dans les airs ;

Une pose, un instant sous les gargouilles fières

Et les pas s’effaçaient, aspirés en silence

Par la percée étroite aux ocres renaissance

De la rue Saint Jean. Les terrasses chantonnaient

De tintements dorés, de pots de Chardonnay,

Les langues se mêlaient et moi -à la fontaine

Centrale- je baignais les germes de ma peine.

Jean-Baptiste et Jésus m'observaient, installés

Sous une cloche blanche aux pattes ciselées ;

Sérénité d'airain, gracieuse nacelle

De chapiteaux feuillus, d'entrelacs de dentelle.

Je remarquais le mufle étrange des lions

D'où l'onde jaillissait accrochant les rayons

Du soleil. La rumeur des passants ricochait

Sur les façades, dans la valse des pichets,

Dans les babillements d'un écho de guitare

Qui semait au parvis son timide nectar.

Saint Jean fit résonner son ventre de calcaire :

L'envolée de midi. Douze sentences claires

Qui brisèrent l'espoir au fond de ma poitrine.

La brise se teintait du fumet des cuisines.

Lentement je quittai la place ensoleillée

Laissant fuguer encore un œil émerveillé

Vers ce carré, ces murs, ces frêles colonnettes,

Ce cœur de vieux quartier poussant la chansonnette,

Ces pavés polis par le glissement du temps,

Échauffés des rayons d'un été entêtant.

Ce flamboyant matin étiré vers les nues

Fut un berceau d'attente.   

                                       Il n'est jamais venu.

 

 

                                                                      Lyon, septembre 2015

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